Le récit
biblique qui a inspiré le peintre est :
Matthieu 5:1 - 10:
Jésus, voyant cette foule, monta
sur la montagne, et lorsqu’il se fut assis, ses disciples
s’approchèrent de lui. Alors, ouvrant sa bouche,
il se mit à les enseigner, en disant :
Heureux les pauvres en esprit, car le royaume
des cieux est à eux.
Heureux ceux qui sont doux, car ils possèderont la terre.
Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés.
Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront
rassasiés.
Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde.
Heureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu.
Heureux les pacifiques, car ils seront appelés enfants
de Dieu.
Heureux ceux qui souffrent persécution pour la justice,
car le royaume des cieux est à eux.
(abbé A. CRAMPON)
Les huit béatitudes

Chaque bénédiction est illustrée
séparément : 3 sur le côté gauche,
2 dans le volet milieu (en dessous de l'image principale) et
3 sur le côté droit.
Des bandes de texte, écrit en vieux
néerlandais expliquent chaque image. Sous l'influence
de la réforme, au 16ème siècle, il est
devenu courant dans les milieux catholiques, qu’une traduction
des textes bibliques soit faite en langue vernaculaire. Il est
intéressant de voir comment la langue néerlandaise
était écrite (et sans doute prononcée)
à cette époque. Aussi, le rapport entre les béatitudes
et l'image est extrêmement intéressant.
Parce que nous voulons montrer chaque partie séparément,
nous avons utilisé un schéma numéroté.

Le panneau du milieu
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Le texte
du haut: Salich zijn sij die in uwen huyse wonen die
zullen hu louen inden tyt des eewicheijts – Psal
LXXXIII
Sous le tétragramme:
Hy heeft u ghegheuen eenen leeraer der rechtueerdicheijt
– Hoort hem – Matt XV
Autour de
Jésus: Die gheest des Heren es up mij, daeromme
heeft hij mij ghesalft ende heeft mij ghesonden om te
prekene den aerme
Le texte
en bas: Ic ben van hem ghestelt een conynck up Syon
sijnen heleghen beerch prekende zijn ghebot –
Psal II
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'Bienheureux ceux qui vivent dans ta maison,
ils te loueront pour l’éternité - psaume
83 ; c’est ainsi que l’on écrirait ce texte
aujourd'hui. Au dessus dans la peinture, le maître a illustré
le nom de dieu, dans un nuage radieux. Des multitudes célestes
entourent le nom et l'adorent. Sous le nuage est représenté
Jésus, assis sur une montagne prononçant son célèbre
sermon. Jérusalem se trouve à gauche en arrière-plan.
Au dessus de Jésus est écrit : « Il vous
a donné un enseignant de justice. Ecoutez le »
Matthieu 15. Toujours au dessus de Jésus, l’Esprit
Saint est représenté sous la forme d'une colombe.
Le texte ajoute : 'L'esprit du seigneur est sur moi, parce qu’il
m’a consacré par son onction, pour porter la bonne
nouvelle aux pauvres et il m’a envoyé guérir
ceux qui ont le cœur brisé, annoncer aux captif
la délivrance'. Jésus enseigne la multitude qui
est assise à ses pieds. Au bas du tableau, un bande de
texte a été porté, avec le message : «
Et moi, j’ai établi mon roi sur Sion, ma montagne
sainte, prêchant son commandement » - psaume 2.
'
Le tétragramme est ici finement et joliment peint,
y compris les voyelles qui ont été ajoutés
plus tard par les Massorètes. Quand on lit le texte avec
ces 3 voyelles, on peut lire « Yehowah ».

Concernant le nom divin, il est intéressant
d’examiner également les autres parties.
Tableau - partie 1
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Texte dans le
tableau:
hoocheijt
heerghiericheijt
Begheerte des Weerlts
Texte sous le
tableau:
Salich zijnse die aerme zijn
van gheeste, want dat rycke der hemelen behoort hemlien
toe
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Deux hommes et deux femmes se trouvent à au milieu
des richesses du monde. La femme à gauche tient un sceptre
et une couronne. L'autre femme, à l’extrême
droite, porte une couronne surmontée d’une croix.
Elle pointe du doigt une caissette contenant des objets précieux.
Derrière elle se trouve une niche emplie de choses précieuses.
L'homme à gauche à les bras croisés et
il pointe un doigt vers le ciel, vers une personne céleste
tenant un sceptre et se trouvant au milieu des nuages. L'autre
homme regarde également le ciel et se trouve en attitude
d’oraison. À côté de la femme se trouvant
à gauche, une échelle est surmontée du
texte : `majesté'. De l'autre côté de l'échelle,
au dessus de la femme, est écrit `honorable’. Au
dessus de l’autre femme est écrit : `Convoitise
du monde'. Sur le sol, entre deux couronnes, se trouvent un
sceptre et une échelle.
Le texte du bas: 'Heureux les pauvres en esprit, car le
royaume des cieux est à eux.
Tableau - partie 2
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Texte dans le
tableau :
Spijticheijt
Iniurie
Texte dans la
bande de texte :
Salich zijn die Sachtmoedighe,
want zij besitten sullen die aerde
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Un homme en haillons tient avec une main
les cheveux d'un autre homme, le poing fermé, prêt
à le frapper. Au dessus, est écrit en Néerlandais
: `Iniurie', qui signifie « vilain». L’autre
homme, baissé, tient une cruche et un pain. Deux femmes
se trouvent à gauche dans l'image. Une femme regarde
la scène, étonnée, pendant que la femme
à l’extrême droite regarde le Christ, qui
apparait avec une couronne d'épine et une croix. Au dessus
de la femme est écrit le mot « dépit ».
Le texte ci-dessous: 'Heureux ceux qui sont doux, car ils
possèderont la terre.'
(Note : En comparant avec Matthieu 5, nous remarquons que
l’ordre des 2èmes et 3èmes maximes est différent).
Tableau - partie 3
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Texte dans le
tableau :
Melijden
Berau der sonden
Apoca – 21
Texte dans la
bande de texte :
Salich zijn sij die bedrouft
zijn, want zij vertroost zullen worden
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Un homme et une femme, à gauche
dans l'image, sèchent leurs pleurs. Au dessus d'eux est
écrit : `repentir des pêchés’. Sur
la droite, se trouvent également un homme et une femme.
La femme sèche ses larmes pendant que l'homme est en
attitude de prière. Des larmes coulent également
sur ses joues. Il regarde vers un ange, situé au dessous
d'un tétragramme radieux. Ce dernier lui tend un linge.
Au-dessus de la femme est écrit ‘pitié’.
En-dessous de l'ange: `Apoca - 21' un renvoi à l'apocalypse
ou à la révélation, où au 4ème
verset est faite la promesse que dieu 'essayera toute larme
de leurs yeux'. C'est pourquoi l'ange donne cette étole.
Le texte ci-dessous : 'Heureux ceux qui pleurent, car ils
seront consolés.'
Le tétragramme en détail :

Tableau - partie 4
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Texte dans le
tableau :
Toordeel gods
Gods rechtweerdicheyijt
op het zwaard: dwoord gods
op het boek: die wet gods
tussen de balans: gherechticheije
onder het brood: ghenaede
op de kruik en het brood: Gheeft d aermel meerighe brood
Texte dans la
bande de texte :
Salich zijn sij die hongheren
ende dursten naerd die rechtweerdicheijt, want zij verseet
sullen worden.
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En dessous d'un étincelant tétragramme
se trouve une femme couronnée. A gauche de ce tétragramme,
il ya une branche de palmier et de l'autre côté
une épée. Au dessus des deux est écrit
: `Toordeel Gods' ou « le jugement de dieu ». Sur
la tête de la femme est écrit ‘justice de
Dieu’''. Celle-ci tient une épée et une
balance. Sur ces objets également, nous trouvons écrits
les vocables : « la parole de Dieu » (sur l'épée)
et « justice » (sur la balance). La balance doit,
bien entendu, en signe de la justice, rester en l'équilibre.
Devant la femme, se trouve sur une table, un livre ouvert, une
cruche et du pain. Sur les pages du livre est écrit :
`la loi de dieu'. Sur la cruche et le pain est écrit
: `Donne quelques pains aux pauvres’. A gauche de la femme
se trouve un homme avec une coupe. À sa droite, un autre
homme avec du pain. En dessous du pain que tient ce dernier,
il est écrit : 'la miséricorde'.
Le texte ci-dessous : 'Heureux ceux qui ont faim et soif
de justice, car ils seront rassasiés.'
Le tétragramme en détail :

Tableau - partie 5
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Texte dans le
tableau:
Goedertierenheijt
Baermherticheijt gods
Liefde
Mesdaet
Texte dans la
bande de texte :
Salich zijn die baermhertighe,
want zij baermherticheijt verweeruen sullen.
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En dessous d'un tétragramme étincelant,
un ange tient une branche de palme dans sa main. Sur le nuage
en dessous de cet ange, nous pouvons lire : `Miséricorde
de dieu'. A sa gauche, se trouvent un homme et une femme aisés.
Devant ces derniers, un homme est agenouillé dans une
attitude suppliante. Au dessus de celui-ci, on lit le mot :
‘Crime’ et au dessus de la femme, le mot : `Clémence'.
Ce mot est tombé en désuétude. Il est synonyme
de bienveillance. A droite de l'ange un homme estropié
reçoit qui obtient d’un couple des présents
dont un vêtement. Au dessus ceux-ci est apposé
le terme ‘amour ', désignant ainsi la qualité
nécessaire pour de tels dons.
Le texte ci-dessous : 'Heureux les miséricordieux,
car ils obtiendront miséricorde.'
Le tétragramme en détail (avec les voyelles,
très clairement distinctives) :
Tableau - partie 6
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Texte dans le
tableau :
Ghelooue
Duvels bedroch
Dexel der Soden
Lust des Weerlts
Der Sonde onreinheijt’
Onreijne liefde
Texte dans la
bande de texte :
Salich zijn sij die suijver
van herten zijn, want zij sullen god sien
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Un homme et une femme sont debout sous
un nuage dans lequel se trouve le tétragramme. Le nuage
est entouré d’une foule céleste. Au dessus
de la femme, le texte : `foi'. A gauche de l'homme se trouve
un démon vêtu. « La tromperie du diable »
est écrit très clairement au dessus de lui. Le
diable ressemble à une femme mais il a deux cornes, une
queue et des pattes. Dans sa main, le diable tient un calice
en or surmonté du texte `dexel des Soden'. Au dessus
de la lettre « O », il y a un trait, indiquant généralement
qu’il s’agit d’une abréviation. Le
mot est très probablement « Sonden » ou «
Zonden », « péchés » en français.
Contrairement au démon tenant un calice fermé,
une femme se trouvant aux pieds de l'homme, tient-elle un calice
ouvert au dessus duquel se trouve le texte : ` Der Sonde onreinheijt’
ou « le péché d’impureté »
et d’où sortent des serpents, symbole de cette
impureté. A gauche de la femme se trouve un autre homme
et une autre femme coiffée d’une couronne surmontée
d’une croix. À côté de la couronne,
on peut lire : `le désir du monde'. Aux pieds de cette
dernière, se tient un enfant nu, les yeux bandés
avec un arc la main. En dessous, il est écrit: `Amour
impur'.
Texte ci-dessous : 'Heureux ceux qui ont le cœur pur,
car ils verront dieu. '
Le tétragramme en détail - il est ici difficile
à discerner :

Tableau - partie 7
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Texte dans le
tableau :
kinderen gods
Paysmaker
gramschepe
Crijghdheijt
De Wille gods
De Wet (op de tafelen)
Texte dans la
band de texte :
Salich zijn die vreedtsamighe,
want zij sullen kinderen gods gheheeten worden.
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En dessous d'un étincelant tétragramme
se trouvent deux anges. Le texte entre eux les appelle : `enfants
de dieu'. A gauche se trouve trois hommes et un quatrième
derrière eux. L’homme du milieu empêche les
deux autres de se battre. Le premier lève son poing tandis
que le troisième a en main une épée. L'homme
au fond tient une trompette dans sa main. Au dessus d'eux, se
trouvent les textes en vieux néerlandais : `Paijsmaker',
`gramschepe' et `crijghdheijt', soit « Artisan de paix
», « Colère » et « Guerrier ».
Le mot « Faiseur de paix » correspond à la
félicité qui est ici représenté.
Il s'agit en effet des « pacifiques ». Les autres
mots sont le reflet de la scène : la fureur et «
krijgdheid » désigne la propension de guerre. A
droite de la scène, un homme est agenouillé devant
une femme voilée. La femme tient deux tablettes de pierres
sur lesquelles est écrite `la loi'. Au dessus d’elle,
le texte : « La volonté de dieu ».
Texte ci-dessous : 'Heureux les pacifiques, car ils seront
appelés enfants de Dieu.'
Le tétragramme en détail :

Tableau - partie 8
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Texte dans le
tableau :
Patientie
Steercke Vulherdicheijt
Chrus
Texte dans la
bande de texte :
Salich zijn die ghene die
vervolghinghe lijden om die rechtueerdigheijt, want
dat rijcke der hemelen behoort hem toe
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Trois femmes se trouvent sous un radieux tétragramme,
entouré par les armées célestes. La femme
du milieu tient une bible, une épée et une grenade
surmontée d’une croix. La femme de gauche tient
une croix et un fouet. Au dessus d’elle, le texte : `Patientie'
ou patience. Elle se trouve sur une pierre sur laquelle est
écrit « Chrus », pour Christ, une ligne au
dessus d'un mot indiquant le plus souvent une abréviation.
Dans le cas présent celle de Christus. A gauche de la
pierre, on voit une tête de mort et à droite, une
boule avec une croix. La femme de droite porte un pilier et
tient dans son autre main un bouclier. Il est écrit dessus
: `forte persévérance’. Le pilier est le
symbole de la fermeté. La femme du milieu est couronnée.
Les femmes autres femmes reçoivent une de la main de
deux anges. Derrière eux, une scène de bataille
est perpétrée. Bien sûr, il y a beaucoup
de symbolismes dans ce tableau, en rapport avec la félicité.
Le pilier représente la persévérance, le
fouet le martyre, la tête de mort les victimes et le «
Christus » la pierre sur laquelle l’église
a été bâtie. La femme, symbole de la congrégation
est debout sur le caillou.
Le texte ci-dessous : 'Heureux ceux qui sont persécutés
à cause de la justice, car le royaume des cieux est à
eux.'
Le tétragramme en détail :

L'iconoclastie
Le nom « iconoclastie » ou
« Beeldenstorm » a été donné
à une série de destructions qui furent perpétrées
entre le 10 août et octobre 1566 aux Pays-Bas. Au cours
de l'iconoclastie, des centaines d'églises catholiques
ont été détruites. Souvent ce sont les
objets de valeur que contenaient les églises comme les
autels, les images, les tableaux ou les chaires qui furent détruites.
Cette série de destructions ont un rapport avait un rapport
avec la montée du Calvinisme et du protestantisme aux
Pays-Bas. On s'est alors indigné du culte des saints,
de l'adoration des images et des richesses de l’Eglise.
Il est possible que l'expression « schoon schip houden
» trouve son origine à cette époque. Le
mot « nef » (schip en néerlandais) se trouve
être aussi le nom du grand espace situé au milieu
d’une église. Bien entendu l’oppresseur espagnol
catholique ne laissa pas cela impuni. En réaction Philippe
II envoya Fernando Alvarez de Tolède, duc d’Albe
aux Pays-Bas. Il resta d’ailleurs dans l'histoire comme
le « duc de fer » en raison de la terreur engendrée
de son règne.
A propos du nom divin dans ce
tableau.
Le tableau est pourtant bien remarquable.
Pas moins de 7 fois, l'artiste a peint le tétragramme
dans cette œuvre, et ceci d'une façon correcte,
même avec les signes représentant les voyelles.
Et ceci, comme cela a déjà été mentionnée,
seulement un an ou après la terrible iconoclastie. Derrière
la peinture se trouvent les armoiries d'Antoon van Hille et
de son épouse Martine van Zevecote. Ils en ont probablement
été les commanditaires. Antoon van Hille était
le juge-commissaire de Gand et était connue pour son
opposition farouche à la reforme et à l’iconoclastie.
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